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vendredi 9 juin 2017

Aventures d'une future maman #6 : de l'aspect psychologique de l'infertilité

J'avais envie de revenir sur cet aspect psychologique de l'infertilité, que j'avais évoqué dans le dernier épisode de mes aventures de future-maman-ou-pas.

Combien de fois n'ai-je pas entendu ma belle-mère dire : facile à prendre, pas facile à rendre ! Elle qui a pondu son premier gars (mon cher et tendre) à 19 ans, mais deux mois en avance et avec pas mal de complications, puis les deux suivants (dont le petit dernier qui était totalement accidentel - oups ! J'ai procréé !) avec encore plus de complications, effectivement, elle a juste eu à éternuer pour les concevoir, mais elle a un peu serré les dents pour la suite...
Il n'empêche que, même si elle sait pertinemment qu'on en chie pour procréer, elle fait partie de ceux qui ne parviennent pas à contenir ce genre de remarques. Je me souviens encore du jour où ma belle-sœur nous a annoncé sa seconde grossesse. Je venais juste de terminer ma première batterie d'examens. Nous "espérions" depuis deux ans et le sujet était encore très délicat à gérer émotionnellement. Ma belle-sœur soutenait mordicus que sa première, alors âgée de presque 4 ans, serait la seule, et ce depuis sa naissance, et malgré l'insistance de tous ces gens que ça ne concernait pas. Jusqu'à ce qu'elle décide que finalement, elle en voulait bien un second, et qu'elle se contente de le décider pour concevoir son fils. Bref. Elle a bien fait de changer d'avis, c'est un bébé adorable.
Dans l'euphorie, belle-maman n'a pas pu s'empêcher de me regarder avec un grand sourire et de me faire remarquer que "Tu vois !! C'est facile !!" Tout comme casser les dents de quelqu'un contre la rambarde de la terrasse, oui. C'est facile.
Dois-je également parler de mon père, qui n'a jamais trop fait exprès de concevoir des enfants, et qui m'a souvent assené ses "Alors, quand est-ce que je serai grand-père ? C'est pas si difficile, regarde-moi, j'ai deux filles et j'en voulais même pas !" Merci papa, je t'aime.
Sans oublier les petits mots murmurés à la va-vite, tels que "Nan mais faut juste arrêter d'y penser", "Souffle un bon coup", "Concentre-toi sur un autre projet". Comme si respirer profondément suffisait à créer un ovule, puis le féconder, puis lui préparer un nid douillet, puis le nourrir correctement jusqu'à ce qu'accouchement s'ensuive.


Certes, quand tu es dans cette démarche de vaine procréation, penser à autre chose et souffler un coup fait du bien, même si ce n'est pas évident. C'est même indispensable. Ça aide à relativiser cette immense frustration, à apaiser cette douleur lancinante. Mais ce qui est certain, c'est que non, ça n'aide pas à concevoir.
Je suis de ceux qui sont persuadés que le corps et l'esprit son intimement liés, et peut-être que, dans certains cas, l'impossibilité de procréer provient, au moins en partie, d'un blocage psychologique. Certaines font bien des dénis de grossesses au point de ne découvrir leur état qu'au moment de l'accouchement ! D'autres encore font des grossesses nerveuses, alors certes : pourquoi pas une infertilité psychologique ?
Toujours est-il que quand on ne connaît pas l'état physique ou psychique de la personne qu'on a en face de soi, comment peut-on s'improviser psychologue de bas étage et diagnostiquer, comme ça, au hasard, un problème psychologique ? Problème psychologique qui, tellement profond qu'il provoquerait le blocage d'un phénomène physiologique complètement inconscient, pourrait être soigné d'un simple exercice de respiration voire, dans le pire des cas, de trois semaines de vacances ? Sérieusement ?

Ça a beau sembler dérisoire pour les personnes qui ont assouvi leur désir d'enfant sans trop y penser, ou pour ceux qui n'en sont pas encore là, mais tenir ce genre de propos revient à tourner les sentiments des gens en dérision. "Tu ne parviens pas à avoir d'enfant et tu en souffres ? Regarde par la fenêtre, tu verras, tu te sentiras mieux, et en plus la vision des nuages va probablement te féconder." C'est comme proposer un tour de manège à un dépressif.
Ne pas réussir à concevoir, ce n'est pas une simple lubie qu'on n'arrive pas à assouvir. C'est une immense frustration, c'est du chagrin, c'est un orgueil en mille morceaux à chaque fois qu'on entend "Mais alors vous, c'est pour quand ? Il serait peut-être temps !", c'est une inavouable jalousie à chaque fois qu'on nous dit "Devine quoi...", c'est un détestable sentiment de détestation envers toutes les resplendissantes femmes enceintes qui ne manquent pas de venir se pavaner dans notre champ de vision... C'est une souffrance permanente. On souffre quand on voit des bébés à la télé, on souffre quand les règles débarquent, on souffre quand on voit cette chambre qui ne sert que de lingerie, on souffre quand on s'entend dire "Nan mais toi, tu sais pas ce que c'est."
On n'a pas besoin que des gens à qui on a oublié de greffer une tout petit peu d'empathie viennent enfoncer encore un peu ce fichu clou rouillé. Dans ces cas-là, un silence, même indifférent, vaut bien mieux que des paroles blessantes.

9 commentaires:

  1. Pleins de bises et de sympathie pour toi. Personne ne peut se mettre à ta place, même celles qui ont connu un parcours comparable, parce que chacun est unique. Tout ce que j'ai envie de te dire c'est poursuis ton chemin, toi seule sait.
    A bientôt ma belle,
    Isabelle.

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    1. Merci Isabelle :)
      Comme tu le dis, moi seule sais, même si pour en avoir discuté avec d'autres personnes dans mon cas, les ressentis sont les mêmes. Le pire ce sont les gens qui ne savent pas du tout mais qui font comme s'ils savaient mieux que moi et qui minimisent une souffrance qui peut avoir l'air exagérée de l'extérieur, mais qui est pourtant bien là... Bref... C'est toujours un peu pareil de toute façon, certains savent tout mieux que tout le monde. Tu as peut-être toi-même eu ce type de cas de figure lorsque tu as fait ton burn-out...
      Merci encore pour tes mots et ta sympathie ; le sourire ne soigne pas ça mais fait du bien :)
      Gros bisous et à bientôt !

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  2. Encore une fois on se retrouve dans le cas de gens qui se permettent de juger sans savoir, de gens qui pensent avoir la vérité sur tout et sur tout le monde...mais comme ça me gonfle !!!
    Dans mes rêves les plus fous, je leur péterai bien une dent sur la rambarde de ta terrasse.

    Courage Suny
    Bisous

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    1. Hé oui, encore et toujours, quoi que tu fasses (même si tu n'as pas le choix !), quoi que tu dises, ça va toujours faire chier quelqu'un, ou inspirer cette condescendance à deux balles. Je ne sais pas pourquoi on se doit d'avoir un avis sur tout. Faut croire que c'est juste humain ! ^^
      Concernant les pétages de dents, contentons-nous de fantasmer. ça ne se fait pas, voyons :D
      gros bisous Nora !

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  3. Je comprends... j'ai vécu le même genre de remarque avant l'arrivée de la poulette (2 ans pour la concevoir et beaucoup de complications...). Juste <3 <3 <3

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    1. Mais 2 ans en plus... c'est pas si long ! (enfin ça l'est quand on essaie, mais de l'extérieur je suppose que les gens ont autre chose à faire de leur vie... non ?) Comme s'il fallait procréer juste après s'être échangé nos prénoms ! C'est fou...
      Gros bisous Cécile <3

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  4. L'indélicatesse, et surtout le manque de réflexion et d'empathie des gens m'étonneront toujours !

    Je le vis à ton inverse. Je ne veux pas d'enfant. Une décision qui ne regarde que moi et mon conjoint, mais que les gens (toutes catégories confondues) se permettent beaucoup de juger/critiquer, et en deviennent vraiment méchants et indécents.

    L'infertilité psychologique existe bel et bien, nous avons eu le cas dans ma famille. Ma tante, l'ainée, ne parvenait pas à avoir d'enfant, alors que tout allait bien physiologiquement parlant. Il lui aura fallu plus de 5 ans pour mettre au monde le premier, bébé éprouvette.

    Elle en souffrait horriblement, et avait même dit à ma mère qu'elle ne le supporterait pas si elle avait des enfants avant elle. C'était des paroles de tristesse, de colère envers le monde, de désespoir ... Et le deuxième enfant, à peine planifier, est arrivé sans aucun problème. Quelque chose avait été débloqué.


    Que ce soit ton cas ou pas, je te souhaite de parvenir à ton rêve, sincèrement. Réussis-tu encore à rester zen face à ces remarques ? N'hésites pas à répondre. Je le fais, quand on "m'attaque" de la sorte. Et depuis, les réflexions cessent .. !

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    1. Houlà, les réflexions quand on ne veut pas d'enfant doivent être encore pires que quand on est juste "en retard" ! Je n'ose même pas imaginer... Enfin si, j'en ai été témoin quand tout le monde harcelait quasiment ma belle-sœur pour faire un second enfant alors qu'elle ne le voulait pas. Complètement fou !
      J'ai une amie qui a galéré elle aussi à avoir son premier enfant. Pour elle aussi, tout allait bien sur le papier, et pourtant... Elle a fini par y arriver après trois ans de vaines tentatives, et pour le second (qui va d'ailleurs arriver d'ici deux petits mois :) ), elle n'a eu qu'à faire retirer son stérilet et le mois suivant le tour était joué. Comme quoi !

      Pour ma part, on a su récemment que ce n'était probablement pas psychologique, puisque je me suis fait enlever un intrus qui prenait toute la place dans l'incubateur. ^^ Mais même, ce qui me choque le plus ce n'est pas que les gens osent émettre l'idée que ce soit psychologique, c'est surtout les ordonnances de traitement à base de vacances et de "penser à autre chose", de la part de gens qui n'ont absolument aucune idée de ce qui se passe dans ma tête, dans mon corps et dans ma vie... Enfin bon... ça me passe au-dessus maintenant.
      Avant, quand on nous demandait "mais c'est pour quand????", je bafouillais un "bof, on a le temps..." qui était toujours suivi d'insistances encore plus lourdes. Aujourd'hui, je leur dis bien dans les yeux qu'on n'y parvient pas et généralement le changement de sujet ne se fait pas attendre. ^^ Et pour ce qui est de l'aspect psychologique, maintenant on ne me le balance plus, vu que toutes les personnes qui me sont proches (et qui ont le droit de se permettre de demander où on en est de la perpétuation de l'espèce) savent que j'ai été opérée début mai. Et même si ça doit arriver, au bout de quatre ans j'ai fini par me faire une raison et prendre les choses comme elles viennent (ou ne viennent pas). Du coup, quand on est plus serein vis à vis de ça, c'est plus facile de répondre (ou de n'en avoir rien à faire) ! :)

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