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mercredi 24 février 2016

Le ginseng, panacée venue d'Asie

Panax ginseng
Autre nom commun : Panax de Chine

Herbacée vivace de la famille des Araliacées, le ginseng est originaire d’Asie (Corée, Chine, Vietnam, Japon). La première partie de son nom vient du latin « pan », tout et « akos », cure, qui a donné le mot « panacée ». Le seconde partie vient du chinois et fait l’objet de beaucoup de variations d’orthographe et d’interprétation, mais toutes s’accordent sur le caractère anthropomorphe de sa racine (« homme-racine », « essence de l’homme », « corps de l’homme », etc.).
C’est une plante forestière à la croissance lente, qui aime le couvert des grands feuillus et l’humus riche et bien drainé. Sa tige lisse et verte, parfois teintée de rouge, simple et non ramifiée peut atteindre 80cm de haut, même si sa taille habituelle se situe plutôt entre 30 et 50cm. Ses feuilles, caduques, sont réunies par cinq et ses fleurs, vert pâle à blanchâtres qui n’apparaissent qu’à partir de la quatrième année, sont groupées en ombelles de 15 à 30 fleurs (elles ressemblent en cela beaucoup à celles du lierre, qui fait d’ailleurs partie de la même famille). Ses fruits sont de petites baies rouge clair à rouge vif qui mûrissent à la fin de l’été, contiennent 2 à 3 grainent et attirent les oiseaux.
Enfin sa racine, la partie qui intéresse ceux qui le cultivent pour ses propriétés médicinales, est une racine tubérisée de grande taille, de plus en plus ramifiée avec l’âge, ce qui accentue son caractère anthropomorphe. On la prélève de préférence en septembre-octobre.
On rencontre également le ginseng sous l’appellation Panax quinquefolius : il s’agit du ginseng américain, dont la composition et la plupart des effets sont comparables.
Aujourd’hui, le ginseng sauvage est en voie de disparition, particulièrement sur le continent nord-américain où sa cueillette est étroitement surveillée, voire formellement interdite. Les plantes utilisées aujourd’hui sont essentiellement issues de cultures et on trouve les principaux producteurs en Corée, en Chine, mais aussi aux États-Unis et au Canada.
Sa culture demande énormément de soin et de patience ; c’est une plante délicate très sensible aux parasites et qui requiert bien des précautions, tout au long de sa lente croissance. C’est pourquoi il n’est pas conseillé de se lancer dans sa culture chez soi, sans compter que sa transformation est également compliquée.

Composition

Les parties utilisées sont donc les racines, de préférence les plus anciennes possible. Pour être suffisamment concentrées en principes actifs, elles doivent avoir au moins 5 ans. On les prélève généralement entre 5 et 7 ans (idéalement, ça pourrait être plus, mais ça ne serait plus très rentable… même si, paraît-il, certaines vieilles racines âgées de 25 à 35 ans serait commercialisées à des prix exorbitants aux États-Unis (dans les 15.000$ !).
Sous sa forme entière, on différencie généralement deux « types » de ginseng : le blanc et le rouge. Le ginseng blanc résulte du procédé qui consiste à laver, racler et laisser sécher les racines au soleil. Elles gardent alors leur couleur naturellement claire. Le ginseng rouge provient du procédé traditionnel, lors duquel on place les racines dans des paniers avant de les soumettre à la vapeur d’eau pendant 1 à 4h puis de les assécher. Elles prennent alors un aspect corné, rougeâtre.
Mais il est rare, en tant que consommateur final, d’avoir affaire à la racine entière. On le consomme généralement sous forme de teinture-mère, poudre, extrait sec ou extrait fluide.

La composition du ginseng est extrêmement complexe : plus de 150 substances différentes ont été identifiées dans ses racines. Ils sont en quantité et de qualité variables selon la variété, mais aussi les conditions de culture, aussi il est toujours plus sûr d’acheter le ginseng sous forme d’extraits titrés et standardisés proposés par l’industrie pharmaceutique plutôt que sous forme de poudres dont le conditionnement ne donnerait aucune garantie quant à la teneur en principes actifs.
Globalement, voici ce qu’on doit y trouver :
  • Ginsénosides (= saponosides, qui représentent au moins 14 des substances composant la plante) : 1,5 à 8%, panaxosides.
  • Polysaccharides
  • Fructose : 0,5%
  • Glycopeptides
  • Vitamines du groupe B (B1, B2, B3/PP, B5, certaines sources lui attribuent même de la vitamine B12, mais j’en doute), vitamine C
  • Acides aminés
  • Stérols, œstrogènes
  • Huile essentielle à monoterpènes
  • Acides gras
 

Un peu d’histoire…

L’utilisation du ginseng remonte à très loin : environ 4000 ans en Chine ; les premiers écrits le mentionnant remontent à 3300 avant JC. Le plus ancien traité de pharmacopée chinoise, datant de 2700 avant JC, le mentionnait déjà, disant que : « on utilise le ginseng pour restaurer les cinq organes vitaux, pour harmoniser les énergies, pour calmer l’esprit, chasser les peurs, faire briller les yeux, ouvrir les vaisseaux du cœur, éclaircir les pensées, fortifier le corps et prolonger la vie » (Pen t’sao). Toujours en Chine, Shen-Nong, en 496 avant JC, l’a qualifié de « meilleur médicament » dans sa pharmacopée. Globalement, il était réputé pour prolonger la vie de celui qui le consommait.
Selon une légende Amérindienne, le ginseng permettait d’accoucher sans douleur.
En France, le ginseng fut mentionné pour la première fois par le père jésuite Jartoux, en 1711, même s’il avait fait une courte entrée en Europe au IXe siècle, avec le commerce arabe. Sa variété nord-américaine a été découverte au Canada, en 1715, par le père Lafitau, jésuite français
Louis XIV en aurait lui-même constaté les bienfaits, alors que la vieillesse commençait à s’emparer de lui, de même que le président Mao. Même Bruce Lee en aurait été un fervent adepte !
Depuis une cinquantaine d’années, il a fait l’objet d’innombrables études pharmacologiques, à travers le monde entier. Toutes ces études tendent à prouver ce que les Chinois savaient déjà : le ginseng est bien une panacée, même si le scepticisme occidental est facilement rendu méfiant par cette polyvalence un peu trop miraculeuse… Ainsi, il n’est pas rare de lire des textes décriant ses vertus, surtout ceux ayant cherché à isoler des molécules pour les associer à des effets, oubliant totalement l’importance de la synergie.

Propriétés thérapeutiques

Si le ginseng est la plante médicinale à la plus grande renommée en Asie, et si cette renommée commence à s’étendre en Occident depuis pas mal d’années déjà, ce n’est pas pour rien. Comme son nom latin l’indique, le ginseng est considéré comme une panacée, car son rayon d’action s’étend à l’organisme en général : il le tonifie, le fortifie et le revitalise. Ainsi, il est fortement recommandé en période de grande fatigue, de faiblesse et de convalescence, ainsi qu’en cas de baisse des facultés intellectuelles (mémorisation, concentration…), mais aussi en prévention pour préserver le bien-être général et augmenter la résistance de l’organisme (selon la médecine asiatique, il fortifie les cinq viscères : cœur, foie, poumons, reins, rate, et renforce le sang), ainsi que lors de préparations sportives intenses.
Afin de rendre compte plus clairement de la quantité impressionnante de ses propriétés et indications, les voici sous forme de liste :
  • Tonique de l’organisme en général, de la peau et des muscles en particulier (et du coup, on en trouve souvent dans des crèmes antirides et anticernes).
  • Améliore les capacités physiques : anabolisant (stimule la synthèse des protéines), augmente la capacité d’absorption de l’oxygène, abaisse la fréquence cardiaque.
  • Améliore les capacités intellectuelles, stimulation des fonctions cognitives : stimule l’activité cérébrale via l’hypophyse et l’oxygénation du cerveau, neuroprotecteur, activité importante des ginsénosides sur le système nerveux central.
  • Impact positif sur le moral, apaise le stress (et aide en ce sens les fumeurs lors du sevrage) : adaptogène.
  • Immunostimulant : renforce le système immunitaire et diminue la réceptivité aux maladies causées par les germes divers, notamment les mycoses génitales.
  • Précieux allié lors de la ménopause : activité positive sur les hormones du stress, amélioration des symptômes de manière générale.
  • Effet dopaminergique (augmente le taux sanguin de dopamine).
  • Stimulant hormonal.
  • Améliore l’appétit et la digestion.
  • Anti-inflammatoire.
  • Potentiels effets dans le traitement de la maladie de Parkinson (études toujours en cours).
  • Abaisse le cholestérol.
  • Aide à diminuer les symptômes de la gueule de bois, grâce au fructose qui accélère le métabolisme de l’alcool.
  • Augmente la tolérance au glucose en faisant baisser le taux de glycémie : antidiabétique (serait ainsi efficace dans le traitement du diabète de type 2, mais les études sont toujours en cours pour le confirmer).
  • Prévention de certains cancers : les études sont encore insuffisantes, mais tendent à attribuer un rôle au ginseng dans la prévention du cancer.
  • Associé à d’autres substances, il ralentirait le processus d’aggravation de la maladie d’Alzheimer (ainsi que, de manière générale, de toutes les maladies du troisième âge).
Sa réputation d’aphrodisiaque reste hypothétique. Ce serait certainement dû à son rôle de tonique, qui peut aider en ce sens. Toujours est-il qu’il a souvent été utilisé contre l’impuissance.
Quant à sa potentielle faculté d’augmenter l’espérance de vie, aucune expérimentation clinique n’a pu le démontrer, même s’il est souvent recommandé pour combattre les effets et symptômes du vieillissement.

Précautions

Le ginseng présente a priori peu d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses. Parmi les effets secondaires les plus souvent observés :
  • A posologies élevées : insomnies, nervosité, diarrhées matinales, hypertonie, métrorragies (saignements génitaux anormaux) ménopausiques, hypertension artérielle.
  • Gynécomastie (développement excessif des glandes mammaires) chez l’homme.
  • Contre-indiqué chez la femme enceinte et allaitante et chez l’enfant non pubère.
  • Déconseillé en cas d’hypertension artérielle non contrôlée.
  • Déconseillé en cas de psychoses.
  • Déconseillé en cas d’antécédents de cancers gynécologiques (à cause de ses propriétés ostrogéniques).
  • Interactions présumées avec les anticoagulants, les antidépresseurs de type IMAO, les triptans, la digitaline, les hypoglycémiques et les autres stimulants du système nerveux.
  • En cas de diabète, attention à l’automédication : toujours prévenir son médecin.
  • Peut augmenter les effets d’autres aliments, plantes ou suppléments stimulants (thé, café, guarana, chocolat…) ou hypoglycémiants (psyllium, glucomannane, fenugrec…).
Mieux vaut limiter la durée du traitement à 3 mois ; son utilisation prolongée pourrait entraîner des effets secondaires analogues à ceux que provoque un surdosage en corticoïdes (troubles hormonaux, diabète, etc.).
Note : les plantes qu’on retrouve sous les appellations de « ginseng de Sibérie », « ginseng des femmes », « ginseng du Brésil », « ginseng péruvien » et « ginseng indien » ne sont pas du genre Panax et n’ont pas les mêmes propriétés.

Source photos : Wikipédia / Brian Negin / pverdonk

2 commentaires:

  1. Voilà une plante qui a été très à la mode, je la découvre à travers ton article très complet, merci ! mais ne l'ai jamais utilisée.

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    1. Oui, il me semble aussi me souvenir d'une période où on ne jurait que par le ginseng. J'ai tenté les gélules quand j'ai arrêté de fumer, pour essayer de relever mes capacités de concentration un peu au-dessus de celles de la moule, mais j'ai eu la sensation que ça accentuait mes insomnies (à tort ou à raison, je ne sais pas), alors j'ai arrêté, et je me suis contentée de patienter ^^

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